Le débat sur la place du slam dans le paysage culturel guinéen refait surface. La slameuse Symphonie -Poétesse a exprimé son inquiétude face aux difficultés rencontrées par plusieurs artistes de cette discipline. Dans une publication sur sa page Facebook, elle interpelle à la fois les slameurs, les prestataires et les institutions sur les conditions dans lesquelles évolue le slam en Guinée.
Son constat est sans détour. Selon elle, de nombreux slameurs guinéens se tournent aujourd’hui vers le coaching oratoire, parfois au point de délaisser progressivement la pratique du slam.
Une situation qui l’amène à rappeler une distinction importante entre les deux domaines. « Pourtant, le slam et le discours sont deux notions bien différentes », souligne-t-elle dans son message.
Pour Symphonie – Poétesse, cette évolution ne peut pas seulement être analysée sous l’angle des choix individuels des artistes. Elle pose alors une question plus large : « Alors, à qui la faute ? Aux slameurs ou au système ? »
« Le slam guinéen semble orphelin »
La slameuse estime que les difficultés auxquelles sont confrontés les artistes ne peuvent pas toujours être imputées à leur manque de travail ou de talent.
« Car, à bien des égards, le slam guinéen semble orphelin, voire mis à l’écart », écrit-elle.
Elle évoque notamment l’accès aux subventions, aux scènes et à l’audience. Pour certains artistes, obtenir les moyens nécessaires pour développer leur activité reste un véritable parcours du combattant.
« Pour obtenir une subvention, une audience, une scène ou simplement faire vivre son art, il faut parfois se plier en quatre », déplore-t-elle.
Dans son intervention, Symphonie – Poétesse reconnaît toutefois les efforts de la Ligue guinéenne de slam. Elle salue notamment son travail en faveur d’une meilleure représentativité des slameurs dans le paysage culturel.
Mais cette action ne semble pas, à ses yeux, suffire à résoudre toutes les difficultés auxquelles le secteur est confronté.
Des cachets jugés trop faibles
La question de la rémunération des artistes occupe également une place importante dans son coup de gueule.
Symphonie Poétesse estime que certains prestataires sous-estiment le travail fourni par les slameurs. Dans le même temps, certains artistes acceptent, par nécessité, de se produire pour des cachets très faibles.
« À force, cela fragilise davantage le secteur et banalise le travail artistique », estime-t-elle.
Cette situation pose la question de la valeur accordée au travail des artistes dans le secteur culturel guinéen. Pour la slameuse, la nécessité de rester visible ou de participer à des événements ne devrait pas conduire à une dévalorisation permanente du travail artistique.
Elle invite ainsi les acteurs du secteur à réfléchir aux mécanismes permettant de mieux rémunérer les artistes et de créer des conditions plus favorables à leur professionnalisation.
La Côte d’Ivoire comme point de comparaison
Pour appuyer son constat, Symphonie -bPoétesse prend l’exemple de la Côte d’Ivoire, où elle observe une implication plus importante des autorités culturelles dans le développement du slam.
« Près de chez nous, en Côte d’Ivoire, on voit à quel point le ministère de la Culture est impliqué dans la sphère du slam ivoirien », écrit-elle.
Selon elle, cet accompagnement contribue à « structurer, valoriser et professionnaliser davantage la discipline ».
La comparaison ne se limite donc pas au nombre de scènes disponibles. Elle concerne également l’accompagnement institutionnel, la structuration du secteur et les possibilités offertes aux artistes pour développer durablement leur carrière.
En Guinée, la slameuse souhaite voir émerger davantage d’initiatives en faveur de cette discipline.
« Comment mieux accompagner les artistes ? Comment créer davantage de scènes et d’opportunités ? Comment permettre aux slameurs de vivre réellement de leur art ? », s’interroge-t-elle.
Et si le problème n’était pas toujours l’artiste ?
Dans la suite de son message, Symphonie – Poétesse aborde une autre réalité vécue par plusieurs artistes qui peinent à obtenir de la visibilité malgré leurs efforts.
« Parfois, tu te demandes si tu es malchanceux, si tu manques de talent, si tu ne sors pas assez de projets… Et si le problème n’était pas toujours toi ? », écrit-elle.
Elle poursuit avec une formule teintée d’humour : « Peut-être que, parfois, tu es simplement né au mauvais endroit. »
Derrière cette touche humoristique se trouve cependant une interrogation sur l’environnement dans lequel évoluent les artistes. Pour elle, les difficultés rencontrées par un slameur ne doivent pas systématiquement être considérées comme la conséquence d’un manque de talent, de travail ou de créativité.
« Le slam n’est pas une distraction »
Symphonie – Poétesse appelle également les artistes à mieux s’organiser et à participer davantage à la professionnalisation du secteur.
« Il est temps que les artistes s’organisent davantage, que le secteur se professionnalise et que les institutions accordent au slam la place qu’il mérite », insiste-t-elle.
Elle défend surtout la reconnaissance du slam comme une véritable discipline artistique.
« Le slam n’est pas une distraction ou un plaisir de quelques instants, c’est de l’art », affirme-t-elle.
Dans son message, elle estime que cet art mérite d’avoir sa place aux côtés des autres disciplines culturelles, notamment la musique, la danse et le théâtre.
La sortie de la slameuse intervient ainsi comme une interpellation adressée à l’ensemble des acteurs du secteur culturel guinéen. Entre manque de scènes, faibles rémunérations, difficultés d’accès aux financements et besoin d’un meilleur accompagnement institutionnel, elle estime que plusieurs chantiers restent ouverts pour permettre au slam de trouver une place plus importante dans l’écosystème culturel du pays.
Et malgré la fermeté de son propos, Symphonie – Poétesse termine sur une note d’apaisement : « C’est jeudi : pas de colère, pas de haine. On contrôle les vibrations. »
Une manière pour elle de transformer son coup de gueule en appel à la réflexion plutôt qu’en confrontation.
Ahmed Soumah





