Une partie des salariés de Radio France se mobilise contre l’arrivée de Charles Sapin sur France Inter. Une grève de deux jours débute ce dimanche 13 septembre au sein du groupe public, à l’initiative des organisations syndicales qui contestent le recrutement de l’ancien directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles.
Depuis deux semaines, Charles Sapin intervient chaque dimanche sur France Inter dans le cadre d’une chronique. Son arrivée sur l’antenne publique provoque une vive contestation parmi certains journalistes et salariés de Radio France, mais également chez des auditeurs de la station.
La polémique porte principalement sur le parcours de l’éditorialiste et sur son passage à Valeurs actuelles, hebdomadaire régulièrement classé à l’extrême droite de l’échiquier politique français. Pour les syndicats opposés à son recrutement, sa présence sur France Inter pose donc une question sur la ligne éditoriale de la station et sur la manière dont le pluralisme doit être défini dans un média de service public.
Des auditeurs expriment leur colère
La contestation ne vient pas uniquement des salariés. La médiatrice de Radio France a fait état cette semaine d’un nombre important de réactions reçues après l’arrivée de Charles Sapin.
Selon elle, les messages adressés par les auditeurs sont très critiques. Certains expriment leur incompréhension face à la décision de France Inter et d’autres parlent même de « trahison ».
Cette réaction témoigne de la sensibilité du sujet dans une station qui revendique une ligne éditoriale attachée au débat d’idées et à la diversité des opinions. France Inter compte parmi les principales radios publiques françaises et bénéficie d’une audience importante.
Pour la direction de la station, le choix de faire intervenir Charles Sapin répond justement à cette volonté d’assurer une certaine diversité des points de vue.
France Inter défend le principe du pluralisme
Céline Pigalle, directrice de France Inter, assume le recrutement de l’éditorialiste. Elle estime que le service public doit pouvoir faire entendre différentes opinions, y compris celles qui peuvent susciter la controverse.
La dirigeante rappelle toutefois que cette ouverture n’est pas sans limites. Elle assure que France Inter ne laissera pas passer de propos relevant de la haine ou de la discrimination.
La direction cherche ainsi à distinguer le pluralisme des opinions de la diffusion de discours qui seraient contraires aux règles applicables aux médias publics.
Cette position ne suffit cependant pas à calmer la contestation au sein de Radio France.
Les syndicats dénoncent un choix « extrêmement choquant »
L’intersyndicale du groupe public s’oppose clairement à l’arrivée de Charles Sapin. Pour Renaud Dalmar, délégué syndical central CFDT de Radio France, cette décision revient à donner une place importante à un média dont le passé judiciaire est régulièrement évoqué dans le débat public.
Le syndicaliste considère notamment que le recrutement de Charles Sapin contribue à rapprocher l’image de Valeurs actuelles de celle de France Inter. Il estime que cette association est particulièrement mal vécue par certains salariés de la station.
La contestation porte donc autant sur la personne recrutée que sur le média dont elle est issue. Pour les syndicats, le débat sur le pluralisme ne peut pas, à lui seul, justifier tous les choix éditoriaux.
Ils considèrent notamment que le pluralisme doit s’accompagner d’une attention particulière à l’histoire et aux prises de position des médias représentés sur une antenne de service public.
Le passé judiciaire de Valeurs actuelles au cœur des critiques
Les opposants à cette nomination rappellent également les condamnations dont Valeurs actuelles a fait l’objet.
Le magazine a notamment été définitivement condamné en 2022 pour injure publique à caractère raciste. Il avait également été condamné en 2015 pour provocation à la haine raciale contre les Roms.
Ces précédents judiciaires sont régulièrement utilisés par les détracteurs du magazine pour remettre en question sa place dans le paysage médiatique français.
La direction de France Inter, de son côté, ne présente pas l’arrivée de Charles Sapin comme une adhésion aux positions de Valeurs actuelles. Elle défend plutôt le principe selon lequel un journaliste ou un éditorialiste peut apporter un regard différent sur une antenne à condition de respecter les règles éditoriales et légales.
Une mobilisation devant le siège de Radio France
La grève annoncée doit durer deux jours. Les organisations syndicales appellent également les auditeurs qui souhaitent soutenir leur démarche à se rassembler devant le siège de Radio France à Paris, ce dimanche à 14 heures.
Cette mobilisation intervient dans un contexte où la question de l’indépendance, du pluralisme et de la diversité des opinions occupe une place importante dans le débat sur les médias publics en France.
L’arrivée de Charles Sapin à France Inter illustre une nouvelle fois les tensions qui peuvent apparaître lorsqu’une rédaction de service public accueille une personnalité issue d’un média fortement identifié politiquement.
Pour la direction, la diversité des opinions fait partie des missions de France Inter. Pour les syndicats et une partie des auditeurs mobilisés, le choix de Charles Sapin dépasse toutefois la simple question du pluralisme.
La polémique devrait donc se poursuivre dans les prochains jours, alors que l’éditorialiste doit continuer à intervenir chaque dimanche sur l’antenne de France Inter. La mobilisation des salariés permettra également de mesurer l’ampleur de la contestation au sein du groupe public.
Ahmed Soumah





