À Hénin-Beaumont, Marine Le Pen a donné dimanche 13 septembre un premier aperçu des grandes lignes de son projet pour la présidentielle française de 2027. Devant ses militants et sympathisants réunis dans son fief du Pas-de-Calais, la dirigeante du Rassemblement national a principalement axé son intervention sur le logement, tout en remettant au premier plan le principe de « priorité nationale », cher au parti d’extrême droite.
Après plusieurs semaines de discrétion durant la période estivale, Marine Le Pen a retrouvé la scène politique avec un discours très offensif. La députée du Pas-de-Calais, régulièrement présentée comme l’une des favorites des sondages pour la prochaine présidentielle, affirme toutefois que sa véritable campagne ne débutera qu’en octobre, à Orléans.
L’accueil réservé par ses partisans témoignait néanmoins de l’importance de ce rendez-vous. À son arrivée, les militants ont scandé « Marine présidente ». Parmi les personnalités présentes figurait Jordan Bardella, président du Rassemblement national, qui célébrait ce dimanche son 31e anniversaire.
La présence des deux dirigeants intervient alors que des interrogations circulent régulièrement sur leurs relations et sur la stratégie que le RN entend adopter en vue de 2027. Marine Le Pen a choisi de prendre seule la parole au cours de ce rassemblement.
Le logement comme priorité
Une grande partie de son discours a été consacrée à la question du logement. Marine Le Pen veut en faire l’un des principaux chantiers de son éventuel quinquennat, en défendant notamment une politique donnant la priorité aux Français dans l’accès au logement social et aux aides publiques.
Elle souhaite ainsi réserver les aides personnelles au logement, notamment les APL, aux Français. La candidate du RN entend également appliquer sa conception de la « priorité nationale » dans l’attribution des logements sociaux.
« Les Français, quelle que soit leur couleur de peau ou leur religion, seront prioritaires chez eux », a-t-elle déclaré, présentant cette mesure comme un principe d’équité nationale.
Son projet prévoit également une réforme importante du logement social. Marine Le Pen propose notamment d’abroger la loi SRU, qui impose à certaines communes des objectifs en matière de logements sociaux. Elle envisage par ailleurs la vente d’une partie du parc HLM à des ménages français.
Autre mesure annoncée, l’expulsion des logements sociaux des familles dont certains membres seraient condamnés pour des faits de délinquance. Elle veut aussi renforcer la législation contre les occupations illégales de logements, avec une nouvelle loi dite anti-squat.
Pour augmenter l’offre disponible, Marine Le Pen propose également de mettre gratuitement certains terrains appartenant aux pouvoirs publics à la disposition des constructeurs. En échange, ces derniers devraient réaliser des logements à loyers modérés. La transformation de bureaux vacants en logements figure également parmi les pistes avancées.
Une nouvelle politique de rénovation énergétique
Le programme présenté à Hénin-Beaumont ne se limite pas au logement social. Marine Le Pen souhaite également revoir plusieurs dispositifs liés à la construction et à la rénovation des bâtiments.
Elle propose notamment de supprimer le « zéro artificialisation nette », une politique destinée à limiter la consommation de nouveaux espaces naturels et agricoles par l’urbanisation. La dirigeante du RN considère cette réglementation comme une contrainte excessive pour les collectivités et les acteurs de la construction.
Elle souhaite aussi modifier les règles concernant les diagnostics de performance énergétique, qui permettent notamment de classer les logements selon leur consommation d’énergie.
Concernant la rénovation des habitations, Marine Le Pen propose de remplacer MaPrimeRénov’ par un nouveau mécanisme baptisé « 100% rénov ». Celui-ci reposerait notamment sur un prêt à taux zéro destiné à financer les travaux de rénovation énergétique.
D’autres sujets encore absents
Si le logement a occupé une place centrale dans son intervention, plusieurs dossiers importants de la rentrée politique française n’ont pas été abordés.
Marine Le Pen n’a notamment pas développé ses positions sur le voile islamique, la réforme des retraites ou encore la guerre en Ukraine. Ces questions devraient toutefois revenir dans le débat dans les prochains jours, notamment à l’occasion d’une interview télévisée annoncée pour la semaine.
La dirigeante du RN a surtout voulu installer le thème du changement et présenter la présidentielle de 2027 comme un scrutin déterminant pour l’avenir du pays.
Elle a vivement critiqué le bilan des gouvernements successifs depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. « Après 10 ans de Macron, d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal, on ne fait plus une analyse, on fait une autopsie », a-t-elle lancé devant ses militants.
Marine Le Pen entend désormais faire de la prochaine présidentielle un affrontement entre, d’un côté, la continuité politique et, de l’autre, le « sursaut » qu’elle appelle de ses vœux. Elle promet ainsi une « renaissance de la France » et assure que la bataille électorale qui s’annonce sera décisive.
Avec ce premier grand discours de rentrée, la candidate du Rassemblement national commence donc à préciser les contours de son projet pour 2027. Le logement et la « priorité nationale » en constituent déjà deux axes majeurs. Reste à savoir comment ces propositions seront accueillies par l’opinion française et comment elles s’inscriront dans l’ensemble du programme que Marine Le Pen devrait progressivement dévoiler dans les prochains mois.
Ahmed Soumah





