La Guinée a célébré ce mercredi 16 septembre 2026 la Journée internationale de l’identité, sous le thème « Identité numérique pour l’inclusion et les droits ». La cérémonie officielle, organisée dans la commune de Tombolia par l’Office National de l’État Civil et de l’Identification (ONECI), s’est tenue sous la présidence d’honneur de Madame Camara Djenabou Touré, ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation.
Cette célébration s’inscrit dans la dynamique de modernisation et de sécurisation du système d’identification nationale, portée depuis plusieurs mois par le gouvernement. L’événement a rassemblé un vaste public, entre autorités administratives et sécuritaires, officiers délégués de l’état civil des treize communes de Conakry, présidents de conseils de quartier et une forte représentation des populations locales.
Devant cette assemblée, la ministre n’a pas mâché ses mots sur les failles qui gangrènent le fichier national. Fraude documentaire, modifications arbitraires de noms, réseaux parallèles dans les mairies, valeur juridique contestée des mariages religieux, le tableau dressé par la patronne du MATD ressemble à un inventaire des dérives accumulées au fil des années dans la gestion de l’état civil guinéen.
Des agents accusés de modifier les identités à leur guise
Premier point abordé par la ministre, la pratique de certains officiers qui s’autorisent à transformer les noms et prénoms des citoyens sans base légale. Djenabou Touré a rappelé que cette prérogative ne leur revient en aucun cas.

« Il n’est pas permis à un officier d’état civil d’ajouter le nom du village sur le prénom d’un citoyen. C’est la justice qui doit rendre une décision, et cet acte doit être simplement transcrit par l’officier délégué. Que les gens évitent d’ajouter des numéros ou des mentions sur leurs noms tant que la justice ne s’est pas prononcée, afin de nous permettre de corriger l’identité sur des bases légales. »
Un message clair adressé aux agents municipaux, appelés à se cantonner à un rôle d’exécution des décisions judiciaires, sans initiative personnelle sur des données aussi sensibles que l’identité des citoyens.
Des actes vendus à des étrangers, un risque pour la sécurité nationale
La ministre a ensuite abordé un sujet autrement plus grave, celui de la vente d’actes d’état civil à des ressortissants étrangers. Selon elle, cette pratique alimente directement les filières d’immigration clandestine et fragilise la sécurité du pays.
« Si vous laissez les étrangers obtenir des actes, fussent-ils des extraits numérisés, c’est vous qui tronquez l’identité des Guinéens. C’est vous qui faites entrer les fossoyeurs de l’économie et des personnes qui n’ont aucun droit à l’identité nationale. C’est votre responsabilité, chers officiers délégués. S’il y a une rupture dans cette chaîne, la décentralisation bascule, la sécurité de l’identité s’effondre et la fraude continue. »
Djenabou Touré a également mis en cause l’existence de réseaux parallèles opérant à l’intérieur même des mairies, spécialisés dans la duplication frauduleuse de numéros de registres.
« Aujourd’hui, la Guinée est considérée comme un pays de transit de l’immigration illégale. Cela doit cesser. La chaîne commence par l’acte de naissance avant d’aboutir à la carte d’identité et au passeport à la police. Pour mettre fin à cela, nous devons dénoncer ces services parallèles opérant dans vos archives pour dupliquer les numéros de registres et d’actes. Retranscrire illégalement des numéros pour créer de fausses identités est un acte criminel et condamnable. »
Les titres « Hadja » et « Elhadj » écartés des actes officiels
Autre point tranché par la ministre, celui des appellations religieuses. De nombreux officiers ont pris l’habitude d’inscrire les titres « Hadja » ou « Elhadj » sur les actes de naissance des pèlerins de retour de La Mecque. Une pratique que Djenabou Touré rejette catégoriquement, rappelant l’origine purement linguistique de ces termes.
« Il ne revient pas à un officier délégué d’ajouter Hadja ou Elhadj sur un acte de naissance. En arabe, ces termes signifient tout simplement étranger. Quand vous arrivez à la Mecque, on vous appelle ainsi parce qu’on ne peut pas retenir les noms de millions de pèlerins. C’est une réalité linguistique et administrative qu’il faut intégrer. »
Mariages religieux, la transcription civile obligatoire
Enfin, la ministre a rappelé une règle souvent ignorée ou négligée, celle de la transcription obligatoire des mariages célébrés dans les mosquées. Une union religieuse, aussi solennelle soit-elle, ne suffit pas à produire des effets juridiques.
« Les actes de mariage délivrés dans les mosquées ne sont pas reconnus par la justice comme des actes de mariage. La loi encadre clairement cela aujourd’hui. Après la célébration religieuse, les époux doivent impérativement se rendre à la commune pour faire transcrire leur union. Il n’y a pas besoin de refaire une cérémonie, c’est une simple formalité administrative pour obtenir l’acte civil. Cela sécurise le couple et évitera à la justice les imbroglios successoraux complexes au moment des décès. »

À travers cette sortie, la ministre de l’Administration du territoire envoie un signal fort aux collectivités locales. La modernisation et la fiabilisation du fichier national d’état civil, portée par l’ONECI, passeront par une remise en ordre stricte des pratiques dans les mairies, sous peine de voir la fraude continuer à saper la crédibilité de l’identité guinéenne.
Ahmed Soumah





